Vous êtes photographe et une marque vous offre un produit en échange d’un réel ? Vous recevez du matériel pour le tester sur Instagram ? Vous êtes payé pour présenter un logiciel, un accessoire photo ou une formation ? Même si vous ne vous considérez absolument pas comme un « influenceur », vous pouvez être concerné par la réglementation sur l’influence commerciale.
Depuis le 1er janvier 2026, une nouvelle règle est entrée en application concernant les contrats conclus avec les marques.
Photographe ou influenceur : ce n’est pas forcément l’un ou l’autre
La réglementation ne s’intéresse pas au nombre d’abonnés que vous avez ni à la façon dont vous vous présentez sur Instagram. Ce qui compte, c’est la nature de ce que vous faites. Le ministère de l’Économie rappelle que lorsqu’une personne produit du contenu sur Internet pour promouvoir des biens ou des services en contrepartie d’un bénéfice économique ou d’un avantage en nature, elle peut relever de l’activité d’influence commerciale. Vous pouvez être photographe professionnel et exercer ponctuellement une activité d’influence commerciale. Par exemple, si une marque de matériel photo vous rémunère pour présenter un nouvel objectif, si un éditeur de logiciel vous offre un abonnement en échange d’un contenu ou si une entreprise vous envoie un produit gratuitement avec une contrepartie promotionnelle, la question se pose.
Un produit offert peut suffire
C’est probablement le point que certains photographes oublient. Il n’est pas nécessaire de recevoir de l’argent pour qu’un contenu ait un caractère commercial. La contrepartie peut prendre différentes formes : paiement, pourcentage sur les ventes, produit offert, voyage ou autre avantage. Donc : « Je n’ai pas été payé, ils m’ont juste offert le produit » ne suffit pas à écarter les règles relatives à l’influence commerciale. En revanche, si vous parlez spontanément d’un produit que vous avez acheté vous-même, sans aucune contrepartie de la marque, la DGCCRF précise que vous n’avez pas à signaler une intention commerciale qui n’existe pas.
Une collaboration commerciale doit être annoncée
Lorsque votre contenu a une intention commerciale, celle-ci doit être indiquée de manière claire, lisible et compréhensible, dès lors qu’elle ne ressort pas déjà du contexte. La réglementation permet d’utiliser les mentions « Publicité » ou « Collaboration commerciale », ou une mention équivalente adaptée au support. La DGCCRF cite des formulations comme « partenariat rémunéré avec », « sponsorisé par », « en collaboration avec », « en partenariat avec » ou « offert », à condition que l’information soit immédiatement visible et compréhensible. Mettre discrètement une information à la fin d’une longue série de hashtags n’est pas une bonne façon de procéder.
Il faut identifier la marque
Autre point à retenir : il ne suffit pas toujours d’indiquer simplement qu’il s’agit d’une publicité. La DGCCRF précise que l’annonceur ou la marque pour laquelle la communication commerciale est réalisée doit être clairement identifiable. Pour un photographe qui présente un produit ou un service dans le cadre d’un partenariat, la bonne logique est simple : qui me fournit une contrepartie ? est-ce que la personne qui regarde mon contenu peut immédiatement comprendre qu’il s’agit d’une collaboration commerciale avec cette entreprise ? Si la réponse est non, il faut probablement revoir la présentation.
Et les codes promo et liens affiliés ?
Même logique. Si vous touchez une commission lorsqu’un photographe achète un logiciel, une formation, un preset ou un produit en utilisant votre lien ou votre code, vous avez un intérêt économique dans la promotion. Le caractère commercial du contenu doit donc être clairement identifiable. Le simple fait d’écrire « voici mon code -10 % » ne doit pas servir à masquer l’existence de la relation commerciale.
Les sanctions peuvent être importantes
Le défaut d’indication de l’intention commerciale peut constituer une pratique commerciale trompeuse par omission. Les sanctions prévues pour certaines pratiques commerciales trompeuses liées à l’influence commerciale peuvent aller jusqu’à deux ans d’emprisonnement et 300 000 € d’amende. La loi prévoit, dans certaines situations, la possibilité d’une interdiction temporaire ou définitive d’exercer l’activité concernée. Évidemment, cela ne signifie pas qu’un photographe ayant oublié une mention sur une story se verra automatiquement infliger une telle peine. Il s’agit des peines maximales prévues par les textes. Mais cela montre que la transparence des collaborations commerciales n’est pas une simple recommandation d’Instagram.
Depuis 2026, attention au contrat avec la marque
Une autre évolution concerne directement les créateurs de contenu. Depuis le 1er janvier 2026, un contrat écrit est obligatoire lorsque la valeur de la campagne promotionnelle dépasse 1 000 € HT. Ce seuil a été précisé par un décret publié fin 2025. Attention : la rémunération d’une collaboration commerciale peut être constituée d’argent mais aussi d’avantages en nature. Le guide officiel cite par exemple les voyages, produits, nuitées d’hôtel ou vêtements. Le contrat doit préciser les parties, l’objet de la collaboration, les missions et contenus prévus ainsi que la rémunération. Même en dessous du seuil obligatoire, formaliser par écrit ce qui a été convenu reste une bonne pratique.
Et si c’est vous qui faites appel à un influenceur ?
La question peut aussi se poser dans l’autre sens. Un photographe peut décider de travailler avec un créateur de contenu pour faire connaître son studio, une formation, un livre ou une autre activité. Dans ce cas, ne partez pas du principe que toute la responsabilité repose sur l’influenceur. La loi encadre les relations entre influenceurs, annonceurs et intermédiaires, et un contrat permet de préciser ce que chacun doit faire. Si vous rémunérez un créateur de contenu ou lui offrez une prestation en échange d’une publication, prévoyez clairement dans votre accord que le caractère commercial de la publication devra être indiqué.
La DGCCRF continue de contrôler le secteur
Ce sujet n’est pas seulement théorique. Lors de son bilan portant sur 2022 et 2023, la DGCCRF indiquait avoir contrôlé plus de 300 influenceurs. Près de la moitié présentaient des anomalies. Les manquements concernaient l’absence d’identification du caractère commercial des publications, des allégations trompeuses ou la promotion de produits ou services interdits. 35 dossiers avaient donné lieu à des suites pénales. La DGCCRF continue par ailleurs de rappeler en 2026 les règles applicables à la promotion réalisée sur les réseaux sociaux.
À retenir
La règle la plus simple est de vous poser une question avant de publier : est-ce que je reçois quelque chose en échange de ce contenu ? Si une marque vous paie, vous offre un produit, un abonnement, du matériel, un voyage, une prestation ou vous verse une commission, vérifiez si votre contenu relève de l’influence commerciale. Dans ce cas, le caractère commercial doit être identifiable et la marque concernée doit être indiquée. Lorsque la valeur de la campagne dépasse 1 000 € HT, pensez au contrat écrit obligatoire depuis le 1er janvier 2026. Si votre audience peut penser que vous recommandez spontanément quelque chose alors que vous avez une contrepartie, soyez clair sur l’existence de cette collaboration.
